Réunion de printemps en commun avec la GMS

21.02.2026
Le 21 février 2026, la Schweizerische Gesellschaft für Militärhistorische Studienreisen (GMS) a organisé sa réunion de printemps en étroite collaboration avec notre association. Ce sont trois membres de l’ASHSM qui se sont exprimés sur le thème général : « Le rôle des militaires dans les transitions politiques – trois exemples suisses du début au milieu du XIXe siècle ».

Jean-Marc Hochstrasser s’est tout d’abord intéressé au service étranger en analysant l’ « Importance des événements politiques dans les pays où se trouvaient des mercenaires suisses, sur ces derniers et inversement ».

Il a bien expliqué comment les Cantons suisses exigeaient que leurs régiments capitulés ne soient engagés qu’à l’interne des pays concernés, et non pas dans des guerres extérieures… où ils risquaient de se voir confrontés à d’autres régiments suisses !

Sous l’Ancien régime, ce sont donc essentiellement des tâches de protection et de service d’ordre qui leur étaient assignées. Sans s’impliquer dans le contexte politique, ils accomplissaient les missions données… et payées par les dirigeants au pouvoir, quitte à se faire contester par les populations en révolte.

Le système s’effondra presque totalement avec la Révolution française puis le régime napoléonien où les troupes suisses engagées à l’étranger relevaient plus de la conscription que du mercenariat, et ce presque exclusivement au profit de l’Empire français.

Dès la Restauration, il y eut diverses tentatives de remettre en vigueur l’ancien système, mais les temps avaient changé, aussi bien en Suisse – où le service militaire étranger était de plus en plus contesté politiquement, que dans les pays qui avaient recours aux mercenaires, pour des raisons politiques et financières.

Au bilan : les régiments suisses ont fidèlement servi leurs maîtres et payeurs, ne se positionnant qu’indirectement dans les remous politiques des pays concernés.

Derck Engelberts a décrit quant à lui la situation inverse où des troupes étrangères étaient utilisées en Suisse pour soutenir le gouvernement en place. Son intervention s’est intitulée « Révolution(s) helvétique(s) et forces armées françaises en 1798 : une situation atypique ».

En 1798, l’entrée des troupes françaises en Suisse provoqua plus qu’elle n’imposa la chute de l’Ancien régime dans nombre de Cantons. Cependant, lorsque la République helvétique fut mise en place, ceux-ci et leurs milices furent peu enclins à soutenir le pouvoir centralisé, et ce furent donc les troupes françaises de l’Armée d’Helvétie qui durent prendre en charge – avec un certain nombre d’excès – la sûreté intérieure du pays, mais aussi dès 1799 sa défense – et de fait celle d’un flanc de la République française – face aux armées de la Deuxième coalition.

Au bilan : les troupes françaises ne se considéraient pas comme une armée d’occupation mais comme un appui au nouveau régime… bien qu’en fait elles se soient senties en terrain conquis !

Et finalement Dominique Andrey traita le cas helvético-suisse des « Influences du système de milice sur la création de la Suisse moderne ».

Sous l’Ancien régime déjà, les Cantons basaient leur organisation militaire sur le principe de la milice, à savoir la mise sur pied des contingents de citoyens en fonction des situations et des besoins. La République helvétique fut une parenthèse où une armée nationale de conscription ne réussit pas à satisfaire ni les besoins du gouvernement central, ni ceux des Cantons.

Avec l’Acte de Médiation, puis le Pacte fédéral de 1815, on revint au système de milice – les citoyens-soldats – et aux contingents cantonaux. Ceux-ci comprenaient donc quantité de personnes qui, outre leur activité professionnelle, s’engageaient « bénévolement » pour la collectivité, dans les activités politiques et/ou militaires.

Et lorsqu’il s’est agi, dès 1817, de former un cadre fédéral (état-major fédéral, école militaire centrale, camps fédéraux), ce sont les mêmes personnages que l’on retrouva, mais cette fois issus de tous les Cantons ! Ils apprirent à se connaître, à échanger idées et expériences, et à évaluer les inconvénients du statu quo politique et les avantages potentiels d’un système fédéral ; c’était un véritable creuset d’opinions. Ils répercutèrent ces idées dans les Cantons d’origine, contribuant à la diffusion des idées libérales respectivement à la crainte des réformes.

Lorsqu’éclata la crise du Sonderbund, ces miliciens se retrouvèrent dans les deux camps, mais contribuèrent – parce qu’ils se connaissaient – à un règlement rapide et humain du conflit. Puis on en retrouva de nombreux aux manettes cette fois politiques de la mise en place du nouvel Etat fédéral, dès 1848.

Au bilan : ce ne sont pas les militaires qui ont réformé le pays, mais ils y ont contribué car ils étaient aussi des citoyens.

Cette réunion de printemps de la GMS et de l’ASHSM a permis de mettre en lumière et en parallèle des approches souvent insoupçonnées – ou pour le moins négligées – de notre histoire militaire.

Cdt C (lib) Dominique Andrey, président ASHSM